Deuxième version


LETTRE HUITI�
�ME.

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nemens ne nous intéreffent que
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ce ? Le Cdciqiie avoir déjà effayé
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fenêtre, que je ne regarde plus
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ans frémir. Enfin preffée par
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io8 Lettres d'une

cher Aza , que j'ai été bien
récompenfée de ma complai-
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ance !

Par un prodige incompré
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der à travers une elpéce de
canne percée, il m'a fait voir
la terre dans un éloi^nement,
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veilleufe machine , mes yeux
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commencent à me devenir fa-
miliers , que nous allons à cette
terre, & que fa vue étoit l'u-
nique objet des réjouiffances
que j'ai prifes pour unfacrificc
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PePvUVIENNE. 109

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répand fes rayons bienfaifans.^
Je ne fais plus dans les fers des
cruels Efpagnols. Qui pourroit
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Oui
, cher Aza, je vais me
réunir à ce que j'aime. Mon
amour, ma raifon, mesdéfirs,
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* Les Indiens ne connoiffoicnt pas notre
Hemifphere j & cioyoient que le Soleil n'é-
clairoit q^ue la terre de {''es enfaus.



iio Lettb-ES d'une



tes bras , un torrent de joye le
répand dans mon ame , le paffé
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vanouit , mes malheurs font
finis; ils font oubliés, Pavenir
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eul m'occupe , c'efl mon uni-
que bien.

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, mon cher efpoir, je
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toi-même , efl-il des tourmens
qu'
un tel bonheur n'efface ?






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Péruvienne. i i i




  Première version


LETTRE HUITI�
�ME.


QUand un s
eul objet réunit toutes nos pensées, mon cher Aza, les énemens ne nous intéressent que par les rapports que nous y trouvons avec lui. Si tu n’étois le seul mobile de mon ame, aurois-je passé, comme je viens de faire, de lhorreur du désespoir à l’espérance la plus douce ? Le Cacique avoit déjà essayé plusieurs fois inutilement de me faire approcher de cette fenêtre, que je ne regarde plus sans frémir. Enfin pressée par de nouvelles instances, je m’y suis laissée conduire. Ah ! mon cher Aza, que jai été bien récompensée de ma complaisance !

Par un prodige incompré
hensible, en me faisant regarder à travers une espéce de canne percée, il ma fait voir la terre dans un éloignement, où sans le secours de cette merveilleuse machine, mes yeux n’auroient pu atteindre.

En même
-tems, il ma fait entendre par des signes (qui commencent à me devenir familiers) que nous allons à cette terre, & que sa vûe étoit l’unique objet des réjouissances que jai prises pour un sacrifice au Soleil.

J’ai s
enti dabord tout l’avantage de cette découverte ; l’espérance, comme un trait de lumiere, a porté sa clarté jusqu’au fond de mon cœur.

Il e
st certain que lon me conduit à cette terre que l’on m’a fait voir, il est évident qu’elle est une portion de ton Empire, puisque le Soleil y répand ses rayons bienfaisans [25]. Je ne suis plus dans les fers des cruels Espagnols. Qui pourroit donc mempêcher de rentrer sous tes Loix ?

Oui
, cher Aza, je vais me réunir à ce que jaime. Mon amour, ma raison, mes desirs, tout m’en assure. Je vole dans tes bras, un torrent de joie se répand dans mon ame, le passé s’évanouit, mes malheurs sont finis ; ils sont oubliés, l’avenir seul moccupe, c’est mon unique bien.

Aza
, mon cher espoir, je ne t’ai pas perdu, je verrai ton visage, tes habits, ton ombre ; je t’aimerai, je te le dirai à toi-même, est-il des tourmens qu’un tel bonheur nefface !


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